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Laurent Bétremieux peint des femmes en mouvement, figures incarnées de l'espèce humaine dans ce qu'elle a de plus vital. Ses œuvres hybrides, à la frontière du dessin numérique et du papier, convoquent une énergie à la fois archaïque et résolument contemporaine.

Laurent Bétremieux occupe une position originale dans l'art numérique : son travail ne renie pas la tradition du dessin et de la peinture figurative, mais les traverse et les transforme par l'usage des outils numériques. Ses femmes courent, portent, dansent — elles semblent toujours sur le point de déborder du cadre, de traverser la surface pour rejoindre le spectateur. Cette énergie n'est pas anecdotique : Bétremieux voit dans la figure féminine un symbole de l'humanité dans sa plénitude et ses contradictions.
La « Porteuse de monde » qu'il convoque n'est pas un cliché exotique ou un symbole figé, mais une présence vivante, enracinée dans une histoire longue et dans une actualité urgente. La technique de l'artiste — mêlant supports numériques et papier, impression et intervention manuelle — crée des surfaces à la fois lisses et tactiles, modernes et archaïques. Cette hybridation formelle est le reflet d'une vision du monde qui refuse les oppositions simples : passé et présent, local et universel, fixe et en mouvement se fondent en une déclaration de vitalité aussi obstinée que nécessaire.
Les femmes de Bétremieux courent « de toutes leurs vitesses » comme disait une petite fille, mais juste pour rester sur place, au cœur du mouvement. Ici et maintenant semble affirmer le peintre. Aujourd'hui plus que jamais où le sol semble se dérober sous nos pieds. Ce n'est pas tant la Femme, c'est l'espèce humaine que ces femmes incarnent, et elles mieux que les hommes parce qu'elles surgissent depuis peu sur la scène de l'Histoire et que c'est à leur tour de la raconter. . Voyez cette « Porteuse de monde » noire non pas pour plaire à l'air du temps mais parce que c'est l'origine. Dès l'origine, innommable, innomée, l'homme porte le monde, nouvel Atlas, pour son malheur et sa gloire. Il le porte parce qu'il le dit. Qu'il le raconte, qu'il en fait une histoire. Et qui la première raconte l'histoire ? c'est elle, la femme.
La peinture de Laurent Bétremieux est une invitation pressante à avoir confiance, non point dans l'issue de ce combat, nous la connaissons tous, mais dans la puissance de l'Art qui le montre, le transfigure et le nourrit des forces les plus vives.




