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« Le papier dans tous ses états » rassemble plusieurs artistes autour d'un matériau millénaire réinventé. Pliures, froissements, découpages et superpositions révèlent les potentialités insoupçonnées du papier comme espace de pensée, de jeu et de poésie contemporaine.

Le papier est à la fois le plus humble et le plus chargé des matériaux artistiques. Support de l'écriture, de l'estampe, du dessin, il est aussi, dans cette exposition collective, matière première, sujet et médium tout à la fois. Les œuvres réunies interrogent sa physicalité — sa légèreté, sa résistance, sa transparence — autant que ses potentiels symboliques et poétiques.
Des sculptures de papier plié aux œuvres hybrides conjuguant support traditionnel et processus numériques, l'exposition propose un voyage dans les états multiples d'un même matériau. Patrick Chambon y déploie ses sculptures de papier plié d'une précision architecturale saisissante, dont chaque pli contient virtuellement son contraire — l'extension, l'envers, la forme possible. Pontus Carle apporte quant à lui une sensibilité picturale aux techniques mixtes sur papier, faisant de ce support un terrain d'expérimentation entre gravure, dessin et peinture. Ensemble, ces artistes révèlent le papier non pas comme fond neutre mais comme protagoniste à part entière, capable de mémoire, de tension et de surprise.
Ce n'est pas seulement la vie qui est dans les plis, comme disait Michaux, pensant peut-être aux visages et aux vêtements de fin de journée, mais aussi deux principes contenus : devant la forme repliée le spectateur joue virtuellement avec son extension et son envers. Et d'autre part, l'étirer et la contracter, cette image formée, c'est aussi par les plis lui donner un semblant de la réalité de l'objet, que l'on pouvait oublier dans l'apparition plane de sa représentation . Un objet, une chose manipulée, retroussée, froissée, poussée dans son espace d'accueil à la manière d'un animal que l'on ferait rentrer dans sa cage où l'attend cette portion de nature artificielle. Devant cette peau de papier que forme l'animal, il semble que ce «drapé tombé», comme disait Didi-Huberman («Ninfa Moderna», Gallimard) des restes modernes tombés des idoles et autres Vénus, nous pouvons le relever, et de cette draperie, à la manière d'une cape nous envelopper pour un instant des impressions de l'enfance. Et partir avec dans le paysage . En effet le paysage fait ici son entrée . J'ai commencé par le placer de manière très distante, floue comme une couleur de fond qui détacherait la forme comme le souvenir d'une lointaine ambiance d'où viendrait l'animal . Devant lequel il passe ou se replie un moment. Et puis, la nuit est tombée sur ce paysage, et, venues avec elle, ses scènes et ses silhouettes imperceptibles qui hantent les bois. Où rien n'est sûr d'être vu et tout est imaginé. Comme ce photographe de Blow-up d'Antonioni, David Hemmings, qui, cette après-midi là, dans le parc où surprenant des amoureux, il enregistre sans la voir, une scène. Le développement photographique dans l'obscurité de la chambre noire, la dépliera sous ses yeux dans les méandres qu'un décor cachait à son regard. Développée par son imagination la scène n'aura peut-être jamais eu lieu . Ce sont des parcs et des promeneurs qui nous regardent dans l'enclos replié que nous formons, eux, la bête, et nous ici.










