.webp)
.webp)

Pontus Carle présente une peinture de l'émergence et de la dissolution, où des formes surgissent du chaos pour aussitôt s'y réabsorber, et où des signes se forment à la lisière de la lisibilité pour fuir vers l'illisible au moment même où l'œil croit les saisir.
Il faut du temps pour entrer dans la peinture de Pontus Carle. L'impression première est celle d'un chaos indescriptible — une agitation de formes, de couleurs, de signes qui résiste à toute tentative de mise en ordre. Et puis, peu à peu, quelque chose commence à se révéler : ici une roue, là une échelle, plus loin l'esquisse d'une figure. Mais ces formes ne s'imposent jamais : à peine entrées dans le champ des identifications possibles, elles s'échappent de nouveau dans le flux général.
C'est précisément dans cette capacité à maintenir l'ambiguïté que réside toute la force de Pontus Carle. Son travail joue constamment avec le désir du regard de trouver de l'ordre, de reconnaître, de nommer — et il le déçoit systématiquement, non par cruauté mais pour mieux révéler ce désir lui-même. Ses signes, ses formes, ses couleurs existent dans un entre-deux permanent, ni tout à fait présents ni tout à fait absents, ni lisibles ni illisibles. Une pratique qui fait de l'indétermination non un défaut mais une qualité première.
"Rien d'étonnant alors à ce que, devant les toiles de Pontus Carle, on éprouve l'impression première d'un indescriptible chaos. Et puis, rapidement, face à ce branle-bas général, des formes désarticulées commencent à se révéler – ici une roue, ailleurs une échelle – pour se désagréger aussitôt, au moment même où elles entraient dans le champ de possibles identifications. A l'image aussi de ses signes, soudainement veufs, qui fusent vers l'illisible alors qu'on s'apprêtait à en faire lecture.
Car toute la force de Pontus Carle est là : dans cette formidable capacité de fixer, sans se tromper de seconde, l'état furtif où les choses ne sont plus ce qu'elles étaient et ne sont pas encore ce qu'elles vont être, de leur conjuguer un présent impossible, composé d'un impératif de retenue, d´un futur entrevu et d'un passé, encore chargé de l'image initiale, tel qu'il peut, par exemple, se révéler dans les effets de persistance rétinienne. Sa méthode même de travail témoigne de cette attention et de cette tension, qui le voit tout d'abord condenser simplement les éléments, matières, couleurs, au centre de la toile, pour les détruire ensuite avec une violence parfaitement maîtrisée et les reconstruire enfin partiellement, juste au point précis. Sans jamais perdre de vue le noyau : l'interrogation du monde et de la peinture".
HENRI-FRANÇOIS DEBAILLEUX Extrait de Préface du catalogue édité à l'occasion de l'exposition de Pontus Carle à la Galerie Maec Espinosa, 1991



