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Patrick Chambon explore dans Dé-plis la tension entre matière et immatériel, entre le geste céramiste ancré dans la terre et la logique du pli numérique, dans une œuvre qui joue des surfaces et des volumes avec une précision poétique.

Le titre Dé-plis est un programme en lui-même : déplier, c'est révéler ce qui était caché dans les replis, libérer la forme du plan pour qu'elle occupe l'espace. Patrick Chambon travaille avec des matières qui retiennent la mémoire du geste — l'argile, le papier, la céramique — et les soumet à des logiques de transformation proches de celles du code informatique : répétition, variation, permutation. La surface devient le lieu d'un dialogue entre la main et la machine, entre l'imprévu de la matière et la rigueur du système.
Ses pièces céramiques présentées dans cette exposition témoignent d'une fascination pour les états intermédiaires : l'argile qui n'est plus souple mais pas encore rigide, la glaçure qui transforme la surface en quelque chose d'autre, d'inattendu. Ces moments de transition intéressent Chambon parce qu'ils échappent au contrôle total de l'artiste — la matière reprend ses droits, propose ses propres solutions formelles. En cela, son approche est proche de celle de l'art génératif : définir des règles et accepter les surprises qu'elles génèrent. Dé-plis est ainsi une méditation sur les relations entre contrôle et abandon, entre structure et hasard.
Un bloc de terre, pâteux, ductile, souple, s'étire, se répand sur le plan de la table au gré du rouleau qui l'aplanit. Les mains dans la terre, un geste sûr arrête le mouvement dans ses remous et fait naître l'expression. La force de la céramique est de passer de cette souple draperie à la rigidité de verre que l'émail fixe. La surface, par ses détours assouplissés, joue du volume comme le vent dans une robe ferait revenir ses dessous, autant de « poches » ou «déformations de tout ce qui et distendu, mal tendu, occupé par un amas de substance» (G. Didi-Huberman, L'Etoilement, 1998). Sur les pas du philosophe, Patrick Chambon se propose d' « enverser » la matière, «la renverser en dedans d'elle-même » avec ses têtes en céramique. Emprises de cette tension, elles cheminent vers leur abstraction.
Dans les ouriés de cette terre se sont formées deux séries : les lièvres et les portraits. Les lièvres courent sur leur propre surface comme sur le mur dont ils s'échappent en mouvements dérobés et draperies joueuses. Quant aux portraits, les plissures de papier forment une manière de saccader la tranquille planéité de la feuille tendue et modèlent un visage qui ne soit que l'expression de ses plis. Des plis qui rient, qui pleurent, qui grincent, jouissent ou s'effraient, plis qui s'extasient comme dans la robe de la sainte Thérèse du Bernin.










