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Pour sa quatrième exposition à la Galerie Charlot, Anne-Sarah Le Meur opère une conversion radicale : elle abandonne ses fonds noirs intenses pour plonger dans un monde entièrement rose, de la nuance la plus douce au fuchsia le plus vibrant.
Le rose n'est pas une couleur simple. Il est culturellement saturé de significations — féminité, enfance, douceur, kitsch — que l'histoire de l'art a souvent évitées ou contournées. Anne-Sarah Le Meur les affronte de front avec Rose Apothéose, en faisant du rose le sujet même de son exploration chromatique. Mais il ne s'agit pas d'un rose unique : l'exposition déploie un spectre infini de nuances — rose chewing-gum, vieux rose, rose parme, abricot pâle, rose laiteux, fuchsia — qui révèlent la complexité et la richesse d'une couleur qu'on aurait tort de prendre à la légère.
Le basculement du noir au rose entre l'exposition Immatière (2016) et Rose Apothéose (2018) est aussi un basculement poétique et philosophique. Là où le noir appelait à l'intériorisation, à la contemplation sombre et sérieuse, le rose invite à une jubilation sensuelle, à une légèreté qui n'est pas superficielle mais profondément réfléchie. Les œuvres génératives d'Anne-Sarah Le Meur — tableaux en mouvement perpétuel, surfaces de couleur qui vibrent et se transforment en temps réel — atteignent ici une forme d'apothéose : la couleur devient expérience pure, immersive, presque corporelle. C'est une grande exposition de peinture numérique, dans ce qu'elle a de plus accompli.
Pour sa quatrième exposition à la Galerie Charlot, elle qui nous avait habitués à ses fonds noirs intenses, Anne-Sarah Le Meur vire de bord : place au rose ! Rose chewing-gum ou fuchsia, vieux rose, parme peut-être ?, rose abricot-pâle-peau, rose frais, rose laiteux… Les compositions des surfaces s'organisent alors autour de couleurs veloutées et chaudes, parfois contrastées et ponctuées d'opposées : jaune vif, vert franc. Parfois un rose ne révèle qu'au deuxième temps du regard qu'il est juxtaposé à une teinte similaire, légèrement différente, indécelable rapidement, mais qui crisse ensuite doucement sous l'œil. Rose acidulé ? Entremêlement de minimalisme et de rutilance. Ailleurs, le fond prend la forme d'une substance envahissante, faisant disparaître en partie la surface « par en dessous ». Des plissés tremblent, des lisses se posent. La perception se complexifie grâce à des impressions contraires : substance ou surface ? surface ou espace ?
L'espace 3D d'Anne-Sarah Le Meur présente la particularité d'être « diminué », réduit paradoxalement à une surface en mouvement, donc en léger volume, dans un entre-deux de presqu'épaisseur. Alors que notre société encourage constamment au plus vite, au plus grand, au plus visible…, l'ambition de cette artiste vise un « moins », pour un « mieux » : son laps de volume amène d'infimes mais subtils effets plastiques liés à la perspective.












