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Anne-Sarah Le Meur présente Œil-Océan, un espace interactif où le nombre devient matière visuelle. L'image numérique abstraite, née de l'arithmétique des nombres négatifs, s'anime au regard du spectateur et l'enveloppe dans une expérience à la fois sensorielle et réflexive.

Anne-Sarah Le Meur travaille à la frontière de la peinture abstraite et de l'art computationnel, développant depuis les années 1990 une œuvre qui cherche à incarner le nombre dans la couleur et la lumière. Œil-Océan est une de ses propositions les plus abouties : une image numérique interactive qui naît d'une tache noire générée par des nombres négatifs et qui se transforme en temps réel en réponse à la présence et au mouvement du spectateur.
Le titre dit l'essentiel du projet : l'image est un océan que le regard contemple, mais c'est aussi un œil qui regarde en retour. Cette réciprocité, entre le regardant et le regardé, entre le corps du spectateur et la surface numérique, est au cœur de toute la démarche de Le Meur. Elle crée des espaces dans lesquels la contemplation devient expérience corporelle, où la couleur et le mouvement s'adressent directement aux sens avant de solliciter l'intellect. Une pratique qui réconcilie la rigueur mathématique et la sensibilité poétique, le calcul et l'émotion.
Anne-Sarah Le Meur crée un espace interactif avec des nombres. L'image numérique, paradoxalement inspirée par la peinture abstraite, en captant le regard du spectateur, entre en jeu avec celui-ci et l'incite à la contempler. Le titre « Oeil-océan » renvoie à une image de l'océan devant nous : cet océan qui est regardé et en même temps qui « nous regarde ». Il s'agit précisément d'une image abstraite qui se dessine à partir d'une tache noire qui s'opère par les nombres négatifs, d'où surgit une forme modifiable et modifiant son entourage, agissant de sorte qu'elle éclairerait le champ autour de soi par une lumière noire.
Cette lumière noire provoque un jeu de contrastes, que l'on pourrait associer au jeu des deux lumières, lesquelles se croisent et se superposent parfois de telle sorte qu'elles évoquent une pupille, avec cet élément noir au centre. Dans « Oeil-océan », non seulement est interrogée la vision du spectateur, mais également la temporalité de l'artiste est en acte…Chaque « espace » serait un moment du fonctionnement des lumières et du surgissement des couleurs…
Extraits du texte de Natalia Smolianskaïa (Moscou-Paris) Artiste plasticienne et théoricienne de l'art, Directrice de programme "Crise du cadre: penser les langages de l'art" au Collège International de philosophie, Paris.










