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Avec Vestiges, Quayola transforme les jardins du Château de Chaumont-sur-Loire en paysages computationnels d'une beauté vertigineuse, où le regard de la machine révèle une nature à la fois hyperréelle et entièrement reconstruite.
Quayola est l'un des artistes les plus importants de la scène internationale de l'art numérique. Sa pratique repose sur un dialogue constant entre l'histoire de l'art — et en particulier la tradition du paysage et de la nature morte — et les outils computationnels les plus avancés. Avec la série Remains et la vidéo Jardins d'été, il s'est rendu au Château de Chaumont-sur-Loire avec des scanners 3D pour capturer arbres, fleurs et végétaux dans le moindre détail.
Ce que ces scans donnent à voir n'est pas la nature telle que nous la percevons, mais telle que la machine la voit : une collection de points dans l'espace, un nuage de données qui oscille entre la représentation fidèle et l'abstraction pure. Quayola travaille dans cet entre-deux, poussant les données jusqu'à un point où la forme se défait et se réinvente. Ses tirages et ses vidéos évoquent tour à tour Turner, Monet, les Nabis — mais avec la précision froide et la générosité formelle des algorithmes. Vestiges est ainsi un manifeste pour une nouvelle façon de regarder le monde naturel : non pas en opposition à la technologie, mais à travers elle, pour en révéler une beauté qui échappe à l'œil nu.
Les tirages de la série « Remains » de Quayola ainsi que la vidéo « Jardins d'été » explorent une nouvelle façon de représenter le paysage, qui poursuit la tradition picturale des avant-gardes dès la fin du XIXème siècle.
A travers ses scans 3D d'arbres et de végétaux, de fleurs et de feuilles, réalisés dans les Jardins du Château de Chaumont-sur-Loire, l'artiste se fait interprète d'une nouvelle pratique de représentation du paysage dans laquelle sa sensibilité entre en dialogue avec le regard désintéressé et objectif de la machine.
Cette relation d'interdépendance entre l'artiste et l'appareillage technologique s'articule en plusieurs phases : à l'instar d'un peintre de plein air, l'artiste se déplace à travers différents lieux d'intérêt naturel, muni d'outils très sophistiqués qui capturent un maximum de données. Au relief sur place suit un travail photographique d'atelier, une exploration et sélection de la matière numérique que l'artiste a captée dans son lieu d'origine. La matière souvent imparfaite à laquelle le spectateur est confronté est l'étonnant résultat de la rencontre impossible entre une géométrie naturelle très complexe et l'incapacité de la machine à enregistrer cette incommensurabilité.
C'est dans cette fissure qui se situe la recherche de Quayola : dans le défi posé par les limites des machines utilisées pour l'enregistrement des données. Loin de l'hyperréalisme de la culture visuelle contemporaine, tendant au simulacre, les images de Quayola gravitent vers l'abstraction par le biais de leurs erreurs internes. Que révèle cette esthétique du dysfonctionnement sur le rapport du sujet à la nature et au monde ?
Dans « Parallel I-IV » l'artiste Harun Farocki avait préconisé que la réalité cessera bientôt d'être la norme pour juger de l'image imparfaite, et qu'au lieu de cela, l'image virtuelle deviendra le standard à l'aune duquel mesurer les imperfections de la réalité.













