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Eric Vernhes photographie la présence humaine dans toute sa complexité — non pas comme sujet parmi d'autres, mais comme condition première de tout regard. Sa photographie est une quête de l'autre, et en lui, une recherche de ce qui donne sens au fait même d'être dans le monde.

Le parcours d'Eric Vernhes avec la photographie est celui d'une longue réconciliation. Commencée à l'âge de dix ans, cette pratique s'est d'abord heurtée à une déception persistante : ses images lui semblaient vides, désespérément dénuées d'intérêt. Il a fini par comprendre pourquoi — elles ne contenaient pas ce qui, pour lui, donne son sens au monde : la présence de l'autre, la relation entre les êtres. Les paysages, objets et animaux qu'il photographiait ne faisaient que lui renvoyer une grande solitude.
Cette prise de conscience a transformé sa pratique en profondeur. Sa photographie est désormais une photographie de la relation : il cherche dans ses sujets non pas une beauté formelle ou un instant décisif au sens classique, mais une vérité de contact, quelque chose qui passe entre la personne photographiée et le photographe. Ses œuvres exposées à la Galerie Charlot témoignent d'une maturité acquise après des années de doute et de recherche. Elles portent une intimité qui n'est pas de l'ordre du voyeurisme, mais d'une rencontre véritable — avec les sujets, avec le médium, et finalement avec soi-même. Une photographie qui se méfie de l'effet pour ne garder que l'essentiel.
" J'ai commencé, à l'âge de 10 ans, par la photographie. C'était un plaisir mêlé de beaucoup de frustration car je n'étais jamais satisfait de mes photos. J'incriminais la qualité, soit de mes tirages, soit de mes sujets, sans pouvoir déterminer ce qui les rendaient inintéressantes à mes yeux..
Plus tard je me suis rendu compte que le défaut de ces images étaient que vous n'y figuriez pas. J'y voyais la représentation de quelque chose de désespérément vide et ennuyeux. Les paysages, objets ou animaux que je photographiais ne faisaient que me renvoyer constamment à une grande solitude.
Comme ces photos ne me plaisaient pas, je ne vous les montrais pas. Et je ne vous les montrais pas parce que vous n'y figuriez pas. Et vous n'y figuriez pas parce que vous n'étiez pas là. Donc rien n'était possible. À partir de cette constatation, j'ai cessé de faire la différence entre vos qualités de "sujet" ou de "spectateur". L'option entre ces deux qualités n'est devenu qu'un choix technique de "placement", dans l'espace et dans le temps, et ce choix revenait aussi bien à vous qu'à moi. L'important n'était pas là.
Plus tard, je vous ai approché, d'abord de loin. Vous étiez une petite silhouette immobile perdue dans des maquettes d'architecture. Puis vous avez été spectateur captif, enchaîné a un fauteuil de cinéma ou de théâtre. Après quoi votre fascination devant l'imagerie numérique vous a rendu muet.
Aucune de ces places que je vous ai données ne m'a satisfaite. Je voulais vous prendre par la main en vous racontant des histoires mais en fait, une seule m'intéressait: l'histoire que vous réinventiez par le truchement de votre propre identité. Je n'avais pas l'impression de vous donner la place qui vous convienne pour créer cette histoire, la votre, et surtout pouvoir vous rencontrer autour de cela. Aussi j'en viens à mon aspiration la plus authentique et concrète. Ça m'ennuie un peu de vous la dire parce que cela sonne comme une évidence d'une très grande platitude, mais qu'importe: J'ai cherché votre "place" pour pouvoir vous rencontrer.
Cette exposition manifeste que je pense vous en avoir inventé une. Il s'agit donc d'une invitation."













